L’usine de pâte à papier Fibre Excellence de Tarascon (Bouches-du-Rhône) a été placée en liquidation judiciaire le 29 juillet 2026 par le tribunal de commerce de Toulouse : environ 270 emplois supprimés, un site Seveso dont la sécurité n’est « plus correctement assurée » selon la préfecture, et une nationalisation temporaire réclamée par la région Occitanie mais écartée par le gouvernement le 3 septembre.
En bref #
- Liquidation judiciaire de l’usine de pâte à papier de Tarascon, avec un passif d’environ 105 millions d’euros et une fermeture officielle le 28 août 2026.
- Entre 270 et 275 emplois supprimés selon les sources, dans un groupe Fibre Excellence déjà en redressement judiciaire depuis fin avril 2026.
- Incidents de sécurité début septembre, liqueur noire déversée et mise en cause de la protection du site par la préfecture des Bouches-du-Rhône.
- Appels à une nationalisation temporaire rejetés par le ministre de l’Industrie, tandis que Saint-Gaudens attend encore un éventuel plan de reprise.
Si vous travaillez dans la filière bois ou si vous habitez près de Tarascon, cette affaire n’est pas une abstraction. On parle de portails cadenassés, de salariés qui montent des tours de garde de nuit, de produits chimiques qui restent sur site et d’une filière papier qui se fragilise un peu plus.
Fibre Excellence Tarascon : une usine de pâte à papier stratégique, désormais à l’arrêt #
L’usine Fibre Excellence Tarascon, classée Seveso, produisait environ 250 000 tonnes de pâte à papier par an. C’était l’un des grands sites français de pâte marchande, c’est-à-dire une pâte vendue à des papetiers pour fabriquer papier et carton. Avec Tarascon et sa jumelle de Haute-Garonne, Fibre Excellence Saint-Gaudens, le groupe tenait les deux dernières grandes usines de pâte à papier marchande en France.
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Le groupe Fibre Excellence, environ 670 salariés en France, appartenant à l’homme d’affaires indonésien Jackson Wijaya (Paper Excellence, lié à Asia Pulp & Paper), avait été placé en redressement judiciaire fin avril 2026. Les deux usines, Tarascon en Bouches-du-Rhône et Saint-Gaudens en Haute-Garonne, étaient à l’arrêt depuis cette mise en redressement.
Résultat concret : la fermeture officielle du site de Tarascon est intervenue le 28 août 2026. Le bassin industriel perd une usine de pâte à papier, et la filière forêt-bois régionale voit disparaître un débouché majeur pour ses bois, avec tout ce que cela implique pour les exploitants forestiers, les transporteurs et les entreprises de maintenance.
Une filière papier fragilisée : Tarascon ferme, Saint-Gaudens sous sursis #
Avec la liquidation de Tarascon, Saint-Gaudens devient la dernière usine française de pâte marchande à fibres vierges. Selon La Dépêche, certains parlent d’un risque de « rupture industrielle » pour la filière papier-carton, qui deviendrait plus dépendante des importations si Saint-Gaudens fermait aussi — un scénario d’autant plus sensible dans un contexte commercial déjà tendu, comme le montrent les droits de douane qui pèsent toujours sur les exportations européennes.
Le site de Haute-Garonne, capacité de production d’environ 280 000 tonnes par an et 270 salariés, affiche un passif d’environ 54 millions d’euros. Contrairement à Tarascon, il bénéficie encore d’un sursis : le tribunal de commerce de Toulouse doit examiner le 8 septembre 2026 une offre de reprise, avec environ 85 millions d’euros réunis sur les 90 recherchés, soutenue notamment par les industriels Soprema et Vicat.
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On voit bien le paradoxe : un site liquidé et déjà fermé à Tarascon, un autre suspendu au verdict à Saint-Gaudens. Pour la filière papier, ça ressemble à une partie qui se joue à un fil, avec des enjeux de souveraineté industrielle évidents, même si personne ne prononce le mot tous les jours sur le terrain.
Chronologie de la crise : du redressement à la liquidation de Tarascon #
Pour comprendre comment on en est arrivé là, mieux vaut dérouler la séquence. Les dates parlent d’elles-mêmes.
| Date | Événement |
|---|---|
| Fin avril 2026 | Placement du groupe Fibre Excellence en redressement judiciaire, arrêt des deux usines de Tarascon et Saint-Gaudens. |
| 27 juillet 2026 (lundi) | Le tribunal de commerce de Toulouse rejette la seule offre de reprise globale du groupe, portée par le financier Matthieu Pigasse, faute de garanties supplémentaires de l’État. |
| 29 juillet 2026 (mercredi) | Prononcé de la liquidation judiciaire de l’usine de Tarascon, avec un passif d’environ 105 millions d’euros. |
| 28 août 2026 (vendredi) | Fermeture officielle du site de Tarascon, arrêt définitif de la production de pâte à papier sur place. |
| Début septembre 2026 | Incidents de sécurité, alerte de la préfecture des Bouches-du-Rhône et débat public sur l’avenir du site et la nationalisation temporaire. |
Juridiquement, la situation était lourde : un passif évalué autour de 105 millions d’euros pour Tarascon, une offre Pigasse jugée insuffisamment garantie, et un tribunal qui estime la situation « irrémédiablement compromise ». On peut débattre du rôle de l’État, mais sur le papier, le dossier ne présentait plus de perspective de redressement pour ce site.
Liquidation et licenciements économiques : ce que vivent les salariés #
La liquidation judiciaire se traduit très concrètement par des licenciements économiques. L’AFP évoque 270 salariés concernés, France 3 parle de 275 emplois supprimés, ce qui montre une légère divergence de décompte selon les sources. Dans les deux cas, on parle de centaines de familles dans un bassin déjà marqué par la crise industrielle régionale. Pour ces salariés, l’indemnisation dépendra des règles d’assurance chômage en vigueur, dont plusieurs dispositions ont évolué avec ce qui a changé au 1er septembre 2026 (chômage, arrêts de travail, retraites).
Depuis le 29 juillet, environ 40 salariés se relaient 24h/24 pour maintenir la sécurité des installations. Le liquidateur évoque un coût d’électricité de 50 000 à 60 000 euros par semaine pour assurer cette sécurité minimale sur un site classé Seveso. Fin août, des salariés ont bloqué l’accès de la société de sécurisation désignée par le juge-commissaire, signe d’une protestation qui ne se limite pas aux communiqués.
Quand on imagine ces rondes de nuit, ces blocages d’accès, ces assemblées générales improvisées devant des portails cadenassés, on mesure mieux l’impact humain. Ce n’est pas seulement un « plan de restructuration industrielle », c’est un morceau de vie professionnelle qui s’arrête net.
Incidents de sécurité : liqueur noire et alerte de la préfecture #
La fermeture ne met pas fin aux risques. Au contraire, début septembre, la situation de sécurité sur le site de Tarascon devient un sujet à part entière.
Le mardi 1er septembre, 50 m³ de « liqueur noire », un résidu chimique de la fabrication de pâte à papier, se sont déversés accidentellement dans une zone de rétention et 6 m³ dans la station d’épuration, rendue inexploitable. Selon La Provence, « trois incidents » se seraient produits dès le premier jour de la prise en main du site par le liquidateur.
Le jeudi 3 septembre, la préfecture des Bouches-du-Rhône juge que la sécurité du site n’est « plus correctement assurée », en parlant de « risques incendie et de pollution de l’environnement ». Elle exige « immédiatement » le redémarrage du réseau de défense incendie et de la station d’épuration, sous peine d’amende administrative pouvant atteindre 45 000 euros et d’astreinte de 4 500 euros par jour. Une inspection de la Dreal est prévue le vendredi 4 septembre.
Sur le site, des produits dangereux restent stockés : peroxyde d’hydrogène, propane, fioul lourd. Quand on discute de « fermeture d’usine », on oublie parfois que les conséquences environnementales et les coûts de dépollution-démantèlement sont énormes. France 3 évoque un coût estimé entre 150 et 200 millions d’euros pour dépolluer et démanteler Tarascon.
Nationalisation temporaire : demandes locales, refus de l’État #
Au milieu de cette situation, la question de la nationalisation temporaire s’invite franchement dans le débat. Le mercredi 2 septembre, Carole Delga, présidente de la région Occitanie, demande une nationalisation temporaire, c’est-à-dire une participation de l’État le temps qu’un tour de table industriel se constitue.
Le lendemain, jeudi 3 septembre, le ministre de l’Industrie Sébastien Martin écarte cette option, estimant que ce n’est « pas sûr que ce soit la solution la plus pertinente ». Le même jour, des salariés rassemblés devant l’usine de Saint-Gaudens demandent à Emmanuel Macron une nationalisation temporaire par décret.
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Ce débat illustre le tiraillement entre les discours sur la souveraineté industrielle et les contraintes budgétaires. Quand une filière papier nationale dépend de deux usines, dont une est déjà liquidée, la question de la responsabilité publique n’est plus théorique.
Tarascon vs Saint-Gaudens : deux destins industriels qui divergent #
Attention à ne pas confondre les deux sites. Tarascon est liquidée, sa fermeture officielle est actée au 28 août 2026, et l’on parle maintenant de sécurité, de dépollution et de démantèlement. Saint-Gaudens, lui, est toujours en balance.
Le tribunal de commerce de Toulouse doit examiner le 8 septembre 2026 une offre de reprise pour Saint-Gaudens, avec environ 85 millions d’euros réunis sur les 90 recherchés, soutenue notamment par Soprema et Vicat. La demande de nationalisation concerne d’abord ce site encore sauvable, même si le débat rejaillit sur Tarascon et la filière bois dans son ensemble.
Franchement, la question qui fâche est simple : pourquoi accepter l’idée de sauver potentiellement Saint-Gaudens et laisser Tarascon glisser vers la friche industrielle, alors que les deux usines faisaient partie du même groupe et de la même filière papier ? Les critères sont juridiques et financiers, mais le contraste est brutal pour les salariés provençaux.
Conséquences locales : filière forêt-bois, emplois indirects et désindustrialisation #
Au-delà des salariés de l’usine, la fermeture de Tarascon pèse sur tout un écosystème régional. France 3 évoque environ 5 000 emplois indirects menacés dans le bassin de Tarascon : forestiers, transporteurs, sous-traitants, PME de maintenance, services liés à l’activité de l’usine.
Pour le bassin de Tarascon, la fermeture ne se résume pas à une ligne dans un rapport : elle se traduit par des licenciements, des sous-traitants privés d’un donneur d’ordre majeur et des familles qui voient disparaître un salaire stable.
La filière forêt-bois, elle, doit réorganiser ses débouchés. À qui vendre les bois qui allaient à Tarascon ? Comment maintenir une filière papier nationale quand la demande existe mais que les moyens de production se réduisent ? Ces questions restent largement ouvertes début septembre 2026.
Plans de reprise : quelles marges de manœuvre ? #
Dans le cas de Fibre Excellence, la seule offre de reprise globale du groupe, celle du financier Matthieu Pigasse, a été rejetée le 27 juillet par le tribunal de commerce de Toulouse, faute de garanties supplémentaires de l’État. Deux jours plus tard, la liquidation de Tarascon était prononcée.
Pour Saint-Gaudens, l’offre soutenue par Soprema et Vicat laisse penser que des perspectives de reprise industrielle existent encore, avec une enveloppe financière quasi bouclée. Pour Tarascon, on en est déjà à analyser les coûts de dépollution et les scénarios de reconversion éventuelle, ce qui place le site dans une autre catégorie.
On ne va pas se mentir : l’efficacité des mesures gouvernementales sera jugée a posteriori sur un indicateur très simple, le nombre d’emplois maintenus et le niveau de production conservé en France. Les discours sur les enjeux de réindustrialisation et la protection des emplois se confronteront à la réalité de terrain de Tarascon et Saint-Gaudens.
Mini-FAQ #
Pourquoi l’État refuse-t-il de nationaliser ?
L’État a refusé la nationalisation temporaire demandée notamment par Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, et par des salariés de Saint-Gaudens, qui réclamaient une intervention directe par décret. Le ministre de l’Industrie Sébastien Martin a écarté cette option le 3 septembre 2026, estimant que ce n’est « pas sûr que ce soit la solution la plus pertinente ». En filigrane, le débat porte sur le coût, la viabilité industrielle et la volonté de ne pas faire de l’État un repreneur systématique de sites en difficulté.
L’usine de Saint-Gaudens va-t-elle fermer aussi ?
Au début septembre 2026, l’usine de Fibre Excellence Saint-Gaudens n’est pas liquidée, contrairement à Tarascon. Elle bénéficie d’un sursis : une offre de reprise, soutenue notamment par Soprema et Vicat, doit être examinée le 8 septembre par le tribunal de commerce de Toulouse, avec environ 85 millions d’euros réunis sur les 90 recherchés. Saint-Gaudens est donc suspendue à cette décision, qui conditionnera l’avenir du dernier grand site français de pâte marchande à fibres vierges.
Qu’est-ce que la liqueur noire et pourquoi est-elle dangereuse ?
La « liqueur noire » est un résidu chimique issu du processus de fabrication de la pâte à papier. Le 1er septembre, 50 m³ de cette liqueur se sont accidentellement déversés dans une zone de rétention et 6 m³ dans la station d’épuration, la rendant inexploitable. Ce type de produit peut poser des risques pour l’environnement et la sécurité, ce qui explique l’inquiétude de la préfecture des Bouches-du-Rhône et la demande de remise en route immédiate des dispositifs de défense incendie et de traitement des effluents.
À retenir #
La liquidation judiciaire de Fibre Excellence Tarascon ne concerne pas seulement une usine de pâte à papier en Bouches-du-Rhône. Elle met en lumière une situation critique pour l’industrie papetière française, avec une filière forêt-bois fragilisée, des milliers d’emplois indirects menacés et la perspective d’une « rupture industrielle » si Saint-Gaudens venait à fermer.
On voit aussi très clairement le décalage entre les ambitions de réindustrialisation et les décisions concrètes : une offre de reprise globale écartée faute de garanties, une nationalisation temporaire refusée, des salariés en protestation et un site Seveso où les incidents de sécurité s’enchaînent dès la prise en main par le liquidateur.
La question, pour les années à venir, est assez directe : maintenir une industrie bois-papier en France avec des sites comme Tarascon et Saint-Gaudens, quitte à assumer des choix politiques forts, ou accepter que la production de pâte à papier se déplace ailleurs, en se contentant d’importer. La décision du tribunal de commerce de Toulouse sur Saint-Gaudens, attendue autour du 8 septembre, donnera un premier élément de réponse.
Plan de l'article
- En bref
- Fibre Excellence Tarascon : une usine de pâte à papier stratégique, désormais à l’arrêt
- Une filière papier fragilisée : Tarascon ferme, Saint-Gaudens sous sursis
- Chronologie de la crise : du redressement à la liquidation de Tarascon
- Liquidation et licenciements économiques : ce que vivent les salariés
- Incidents de sécurité : liqueur noire et alerte de la préfecture
- Nationalisation temporaire : demandes locales, refus de l’État
- Tarascon vs Saint-Gaudens : deux destins industriels qui divergent
- Conséquences locales : filière forêt-bois, emplois indirects et désindustrialisation
- Plans de reprise : quelles marges de manœuvre ?
- Mini-FAQ
- À retenir