Les États-Unis ont déjà remboursé environ 100 milliards de dollars de droits de douane aux entreprises importatrices, six mois après l’annulation des surtaxes de Donald Trump par la Cour suprême américaine. C’est ce que révèlent des documents judiciaires cités le 6 août par l’AFP. Une somme vertigineuse — l’équivalent de plus de deux fois le budget annuel de l’Éducation nationale française — qui ne signe pourtant pas la fin de la guerre commerciale : une nouvelle surtaxe de 10 % frappe toujours les produits européens qui entrent aux États-Unis.
- ▸Environ 100 milliards de dollars déjà remboursés, soit 60 % des 166 milliards collectés au titre des surtaxes annulées.
- ▸La Cour suprême a jugé en février 2026 que Donald Trump avait « outrepassé ses pouvoirs » en utilisant une loi d’urgence économique pour taxer le monde entier.
- ▸Une nouvelle surtaxe de 10 % à 12,5 %, justifiée cette fois par la lutte contre le travail forcé, s’applique à une soixantaine de pays — dont l’Union européenne, taxée à 10 %.
- ▸Ce nouveau dispositif est déjà contesté en justice par 25 États américains dirigés par les démocrates.
Pourquoi Washington rembourse des sommes pareilles #
Tout part de la décision de la Cour suprême des États-Unis du 20 février 2026 : les juges ont estimé que le président américain avait « outrepassé ses pouvoirs » en s’appuyant sur une loi d’urgence économique de 1977, l’IEEPA, pour imposer ses surtaxes douanières à la quasi-totalité de la planète — dont les fameux 15 % sur la plupart des produits européens instaurés à l’été 2025. Une large part de ces surtaxes a donc été annulée, ouvrant droit à remboursement pour les entreprises qui les avaient payées.
Selon les documents judiciaires cités par l’AFP et Boursorama, environ 100 milliards de dollars ont déjà été reversés, sur 166 milliards collectés. Et le compteur n’est pas arrêté : l’administration douanière américaine évalue à 128,68 milliards de dollars le total des demandes de remboursement en cours ou déjà traitées.
« Donald Trump a outrepassé ses pouvoirs en utilisant une loi d’urgence économique pour imposer ces droits de douane. »— En substance, la décision de la Cour suprême des États-Unis du 20 février 2026 (rapportée par l’AFP)
Ce qui reste bel et bien taxé aujourd’hui #
L’annulation n’a pas ramené le commerce mondial à la situation d’avant 2025. Dès la décision de la Cour suprême, l’administration Trump a dégainé un nouveau dispositif : une surtaxe de 10 % ou 12,5 % selon les pays, appliquée aux produits d’une soixantaine de pays accusés de ne pas lutter suffisamment contre le travail forcé. L’Union européenne figure sur la liste, au taux de 10 %, comme le détaille Toute l’Europe.
À lire Canicule : 20 départements en vigilance orange dimanche, les orages sont arrivés lundi
S’y ajoutent les droits dits « sectoriels », que la décision de justice n’a jamais touchés : acier, aluminium, cuivre et bois de construction restent lourdement taxés quelle que soit leur origine. Face à cela, 25 États américains dirigés par les démocrates ont déjà saisi la justice contre la nouvelle surtaxe — le feuilleton judiciaire est donc loin d’être terminé.
Et pour la France, ça change quoi ? #
Pour les exportateurs français — vins et spiritueux, aéronautique, luxe, agroalimentaire, qui pèsent l’essentiel de nos ventes outre-Atlantique —, la facture est moins lourde qu’avec les 15 % de 2025, mais toujours réelle : 10 % de surtaxe à l’entrée aux États-Unis, leur premier marché hors Europe pour plusieurs filières. Surtout, l’instabilité demeure : en dix-huit mois, les entreprises sont passées par quatre régimes douaniers différents, ce qui complique toute décision d’investissement ou de prix.
Pour le consommateur français, il n’y a pas de nouvelle taxe à payer : ces droits frappent les produits qui entrent aux États-Unis, pas ceux qui arrivent en France. L’effet est indirect — sur la santé des entreprises exportatrices, l’emploi dans leurs filières, et les tensions commerciales que l’Union européenne tente toujours de désamorcer par la négociation.