Deux personnes — le pilote et sa passagère — sont mortes le dimanche 13 septembre 2026 au matin à La Londe-les-Maures, dans le Var, dans le crash d’un appareil décollé peu avant de l’aérodrome de Cuers. La passagère effectuait un baptême de l’air offert par une association varoise. Au 14 septembre, aucune cause n’est établie : deux enquêtes distinctes viennent de s’ouvrir.
En bref #
- Quand et où : dimanche 13 septembre 2026 au matin, à La Londe-les-Maures (Var), après un décollage de l’aérodrome de Cuers, à une vingtaine de kilomètres au nord.
- Bilan communiqué le 13 septembre par la préfecture du Var : 2 morts, les deux occupants.
- L’appareil : d’abord décrit comme un « avion biplan », identifié le soir même par le procureur de Toulon comme un ULM FK12 Comet.
- Les suites : une enquête judiciaire du parquet de Toulon et une enquête de sécurité du BEA, qui n’ont ni le même but ni le même calendrier. Aucune cause n’est avancée.
Ce que l’on sait de l’accident #
L’appareil a décollé dans la matinée de l’aérodrome de Cuers et s’est écrasé à une vingtaine de kilomètres plus au sud, sur La Londe-les-Maures, tuant ses deux occupants. L’information a été annoncée par la préfecture du Var dans un communiqué, repris le jour même par l’AFP et la presse régionale.
Le pilote était un général de l’armée de l’air à la retraite, ancien pilote de chasse et ancien commandant d’escadron, qui avait dirigé la sécurité des vols de l’armée de l’air ; il était vice-président de l’association organisatrice. Sa passagère était une soignante exerçant dans un hôpital du Var. Selon le procureur de la République de Toulon, le pilote avait 78 ans et la passagère 58 ans. Par respect pour les familles, nous ne les nommons pas.
À lire Budget 2027 : déficit au-dessus de 5 %, croissance à 0,5 % — ce que le gouvernement a annoncé
Le vol était un baptême de l’air offert, prévu pour durer environ 30 minutes. L’association organisatrice, créée en 2020 au sortir du Covid-19, offre des baptêmes aux soignants, pompiers et ambulanciers du département ; elle repose sur des pilotes bénévoles volant sur leurs appareils personnels.
Un ULM, pas un avion : pourquoi la nuance compte #
Les premières dépêches ont parlé d’un « avion biplan ». Le soir du 13 septembre, le parquet de Toulon a précisé le type : un ULM FK12 Comet. Un ULM — ultraléger motorisé — est bien ici un biplan biplace, mais ce n’est juridiquement pas un avion léger d’aéroclub.
La différence n’est pas cosmétique. Un ULM échappe au certificat de navigabilité qui encadre un avion certifié : il relève d’un régime déclaratif, sous la responsabilité de son propriétaire. Son pilote détient non pas une licence d’avion mais un brevet de pilote ULM, dont les privilèges s’étendent à l’emport de passager par une mention supplémentaire. Détail que peu connaissent : la réglementation ne permet pas de compter des heures sur avion comme équivalentes à des heures sur ULM multiaxe. Une carrière de pilote de chasse ne vaut donc pas, sur le papier, expérience réglementaire sur la machine concernée.
Deux enquêtes, deux objectifs qui ne se confondent pas #
C’est le point le plus souvent confondu. D’un côté, une enquête judiciaire a été ouverte sous l’autorité du parquet de Toulon pour rechercher les causes de la mort, confiée à la brigade de gendarmerie des transports aériens (GTA) de Nice et à la brigade de recherches de Hyères ; une autopsie devait être pratiquée à Marseille. Elle peut, à terme, établir des responsabilités.
De l’autre, le BEA — Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile — s’est rendu sur les lieux pour une enquête technique. Il écrit lui-même, en tête de chacun de ses rapports, que ses enquêtes ont « pour unique objectif l’amélioration de la sécurité aérienne » et « ne visent nullement la détermination des fautes ou responsabilités ».
Conséquence concrète : il faut être patient. Un rapport de sécurité se compte en mois, souvent en années — l’un d’eux, publié en décembre 2025, portait sur un incident du 28 mai 2023, soit plus de deux ans et demi.
« Baptême de l’air » : ce que dit vraiment la réglementation #
« Baptême de l’air » relève du langage courant : l’expression n’existe pas dans les textes. Depuis l’arrêté du 17 février 2025 relatif aux conditions d’utilisation des aéronefs ultralégers motorisés, dit « OPS-ULM », qui remplace le régime hérité de 1991, la réglementation distingue le vol de découverte (VLD) et le vol local à titre onéreux (VLO).
Point de calendrier rarement relevé : ce texte s’applique par étapes, et ces étapes ont été décalées. Prévues à l’origine pour le 1er avril 2026, les dispositions sur le VLO s’appliquent, selon le calendrier du ministère chargé des transports, depuis le 1er juillet 2026, et celles sur le VLD à compter du 1er octobre 2026 — soit après l’accident. Qualifier juridiquement ce vol relèvera des enquêteurs, pas du commentaire.
À lire Sécheresse : plus d’un milliard d’euros pour les agriculteurs, qui touchera quoi et quand ?
| Critère | Vol privé avec passager | Vol de découverte (VLD) | Transport aérien public |
|---|---|---|---|
| Qui l’assure | Un pilote privé, sur son appareil | Un organisme déclaré (club, association) | Une compagnie titulaire d’un certificat de transporteur aérien |
| Déclaration à l’administration | Non | Oui, déclaration d’activité auprès de la DGAC, avec un numéro délivré | Certification complète et contrôle permanent |
| Contrôle médical du pilote | Pas de certificat exigé par l’OPS-ULM | Certificat d’absence de contre-indication, délivré par tout docteur en médecine | Certificat médical aéronautique délivré par un médecin agréé |
Un baptême de l’air, même parfaitement légal et sérieusement organisé, n’est pas un vol de ligne : le niveau d’exigence réglementaire n’est pas le même, et le passager est en droit de le savoir.
Est-ce dangereux ? Ce que les chiffres disent — et ce qu’ils ne disent pas #
La réponse honnête suppose de regarder les chiffres officiels et leur périmètre. En 2025, le BEA a publié 13 rapports impliquant des ULM — 11 multiaxes, 1 paramoteur, 1 hélicoptère ultraléger — et ces événements ont entraîné le décès de treize personnes. La même année, il a publié 33 rapports sur des avions légers, pour 19 morts et 14 blessés.
Trois précautions s’imposent. Ces nombres comptent des rapports publiés en 2025, non des accidents survenus en 2025 : les événements concernés datent de 2022 à 2024. Ils ne recensent pas la totalité des accidents, seulement ceux ayant donné lieu à un rapport. Enfin, aucun taux de risque ne peut en être tiré : il y faudrait un dénominateur public et fiable — heures de vol annuelles, taille du parc — que nous n’avons pas trouvé publié. Nous ne publions donc aucun pourcentage : un « X % des vols » sans base de calcul ne veut rien dire.
Le BEA identifie en revanche des facteurs récurrents dans les accidents d’ULM analysés en 2025 : diminution de puissance du moteur au décollage, comportement de l’appareil au décrochage, ruptures structurelles en vol, usage ou non du parachute de secours, météo défavorable, aspects médicaux. Aucun ne préjuge de ce qui s’est passé dans le Var.
À lire Naufrage du chalutier Maranello : les corps des deux marins retrouvés au large de Plymouth
Avant de réserver un baptême de l’air : les bonnes questions #
- Quel est le statut exact du vol ? Vol de découverte déclaré, vol local à titre onéreux ou vol privé : la réponse doit être immédiate.
- Sur quel type d’appareil ? ULM ou avion certifié : les régimes d’entretien et de navigabilité ne sont pas les mêmes.
- Quelle assurance couvre le passager ? Demandez l’attestation et vérifiez qu’elle couvre l’emport de passager pour l’activité proposée.
- Quelle expérience du pilote sur cette classe d’appareil ? Pas son expérience totale : son expérience récente sur cette machine.
- Y a-t-il un parachute de secours à bord ? Il est obligatoire dans certaines configurations d’activité avec passager, pas dans d’autres.
Ces questions n’ont rien d’agressif : un organisme sérieux y répond sans hésiter, documents à l’appui.
Questions fréquentes #
Le BEA va-t-il dire qui est responsable de l’accident ?
Non. Ses enquêtes ont pour unique objectif l’amélioration de la sécurité aérienne et ne visent nullement la détermination des fautes ou responsabilités. C’est l’enquête judiciaire, sous l’autorité du parquet de Toulon, qui peut établir des responsabilités.
Quand connaîtra-t-on la cause de l’accident de La Londe-les-Maures ?
Aucune date n’est annoncée. Une enquête du BEA se compte en mois, souvent en années. Au 14 septembre 2026, aucune cause n’avait été avancée par le parquet et aucune piste n’était privilégiée.
Un baptême de l’air en ULM est-il encadré comme un vol de ligne ?
Non. Un vol de transport public suppose une compagnie certifiée, un contrôle permanent de l’autorité et un certificat médical aéronautique. Le vol de découverte en ULM relève d’un régime déclaratif, aux exigences réelles mais moins lourdes.
À lire Drame familial à Gy en Haute-Saône : quatre morts, ce que l’on sait après les autopsies
À retenir #
Deux personnes sont mortes le 13 septembre 2026 à La Londe-les-Maures lors d’un baptême de l’air offert par une association. L’appareil était un ULM FK12 Comet parti de Cuers pour un vol prévu de 30 minutes. Une enquête judiciaire et une enquête de sécurité du BEA ont été engagées : la première peut désigner des responsabilités, la seconde non, et aucune ne conclura vite. D’ici là, toute explication ne sera qu’une hypothèse, à attribuer à celui qui la porte.
Lire aussi, sur d’autres accidents et les enquêtes qui les suivent, le naufrage du chalutier Maranello et le drame familial de Gy, en Haute-Saône.
Sources : communiqué de la préfecture du Var et dépêche AFP du 13 septembre 2026 ; précisions du procureur de la République de Toulon, 13 septembre 2026 ; bilan ULM 2025 du BEA ; arrêté du 17 février 2025 (OPS-ULM) ; calendrier OPS-ULM du ministère chargé des transports.
Plan de l'article
- En bref
- Ce que l’on sait de l’accident
- Un ULM, pas un avion : pourquoi la nuance compte
- Deux enquêtes, deux objectifs qui ne se confondent pas
- « Baptême de l’air » : ce que dit vraiment la réglementation
- Est-ce dangereux ? Ce que les chiffres disent — et ce qu’ils ne disent pas
- Avant de réserver un baptême de l’air : les bonnes questions
- Questions fréquentes
- À retenir